Un des bons côtés de Facebook, c’est qu’on peut dénicher des bons plans en tout genre, des informations.  Sur le groupe « Black expats in Colombia », je voyais défiler plusieurs posts concernant San Basilio de Palenque. Certain.e.s membres recommandaient fortement d’aller visiter ce village. Ce qui est nullement mentionné dans les guides et très peu dans la blogosphère.

Bienvenue chez nous !

J’ai mis une heure pour rejoindre le terminal de bus de Cartagena (depuis Boca Grande), puis une heure plus tard, on me dépose à un croisement de route. Un moto-taxista me fait signe et m’emmène au village qui se trouve à une quinzaine de minute. On se quitte comme si on se connaissait.

Quand je débarque, immédiatement je ressens une autre atmosphère. J’ai carrément l’impression d’être dans un autre pays, quelque part en Afrique : il n’y a que des Noir.e.s et pas un.e seul.e touriste. J’avance timidement vers la place centrale. On est dimanche et la fête bât son plein: musique à fond, les gens dansent, les enfants s’amusent, les hommes sont posés et discutent.

Les femmes et filles sont coiffées de jolies tresses qui me rappellent mon enfance. Vraiment tout ce que je vois, cette atmosphère me transportent et me donne le sourire.

Je ne reste pas longtemps seule. Un jeune homme s’approche de moi. Il a vite deviné que je ne suis pas du coin. Il me fait signe de venir et me voici dans leur maison. Une femme âgée me lance un grand sourire qui en dit long. « Bienvenue à San Basilio de Palenque, la Terre de tous.tes les Noir.e.s du monde. Ici, c’est ta maison ». Un accueil plus que chaleureux qui me touche. On fait de brèves présentations. En temps normal, je n’aurais seulement dit que je suis française mais là je rajoute que je suis originaire des Antilles Françaises. Obligée de dessiner car ils ne connaissent et ne situent pas. Puis, je leur fait une une brève description. Aussitôt leurs visages s’illuminent. « Je suis content » me dit-il.

Il me demande ce que je fais ici. « Je suis venue visiter votre village ». À ce moment, un homme entre. Il s’appelle Yisandy Antonio et il travaille en tant que guide. Il me propose une visite guidée mais je lui fais comprendre que j’aimerais beaucoup mais ce ne sera pas possible car je suis sourde. Pas de problème ! Que des solutions ! Maria Camila sera ma « traductrice » chargée d’écrire ses dires.

San Basilio de Palenque, un village des descendants d’esclaves

Isolé quelque part dans la jungle, San Basilio de Palenque est le premier village d’esclaves libre de l’Amérique, fondé par Benkos Bioho. Il fût un esclave et est devenu une figure emblématique de la culture afro-colombienne. Aujourd’hui, on compte environ 4000 habitants. La moitié parle le palenquera, langue créole influencée par la langue kikongo (langue parlée en Angola, République du Congo et République Démocratique du Congo) et mélangée à l’espagnol.

Certaines personnalités sont originaire de ce village : le chanteur Rafael Cassiani – symbole culturel de la ville, l’acteur Evaristo Marquez – premier acteur Noir pour le film « Queimeda » (1969), le champion de boxe Antonio Cervantes Reyes appelé « Kid Pambela ». Au fur à mesure de la visite, je découvre quelques édifices qui leur rendent hommages. Un salon de coiffure (le seul salon de coiffure Afro que j’ai vu en Colombie), une église. La visite se fait rapidement puis nous nous posons au centre culturel où 2 hommes se joignent à nous. Nous conversons un peu.

Ici, je ne connais personne, mais à chaque fois que je croise une personne, on se salue. Des salutations qui semblent familières et qui parfois débouchent sur des petites discussions furtives. San Basilio de Palenque n’est pas seulement un village mais plutôt un monde à part.

La seule église du village
Séance football

Dans la maison de Rafael Cassiani
Salon de coiffure afro, le seul que j’ai vu en Colombie !
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