Quand Dame nature fait son effet

Assise sur une lancha tentant en tant bien que mal de trouver une position confortable contre les douloureux heurts du dos contre le siège en bois dur. Nous naviguons sur le lac Izabal, puis nous nous engouffrons dans le Rio Dulce (qui finit par se jeter dans la mer des Caraïbes). Petit à petit, les habitations se font rares. On trouve même des hôtels perdus au milieu de la jungle. Serait-ce ça le paradis ? Des maisons en bois me rappellent vaguement les Antilles. Ici les gens se déplacent en barque et pagaient à la main. Punaise, ça doit être si calme…

Plus nous avançons, plus nous nous faisons si petits par rapport à la nature, comme si la rivière avait coupé une montagne en deux pour pouvoir continuer sa route. Le paysage est tellement magnifique que cela m’émeut. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que je ressens. Beaucoup d’émotions m’envahissent. 

J’essaie de me souvenir pourquoi je suis partie au juste, et je réalise. Comme quoi, il y a mille raisons de voyager, plusieurs façons de voyager… Chacun y trouve son compte.

Chronologie des faits

Juin 2013 – Je rentre en France après 9 mois de vadrouille. Un choix voulu. La suite n’est pas rose. Le retour est difficile. Beaucoup trop difficile. À l’époque, je ne réalisais pas, mais j’étais encore sous le choc de ma mésaventure au Sri Lanka, couplé à une difficulté de reprendre une vie «posée », se sentir étrangère parmi toute cette masse de gens, son entourage. Connus ou inconnus, peu importe, c’est pareil.

En somme, je vis des choses difficiles (couplés avec de très jolies tout de même !) et je prends conscience que je n’ai pas pris le temps de prendre soin de moi. Prendre soin de soi est un bien grand mot mais qui veut tout dire à la fois. Il ne s’agit pas seulement de se faire plaisir, de prendre soin de son corps, faire attention à sa santé. C’est bien plus profond que ça. Pour moi, c’est une manière de se ressourcer, de se retrouver, de faire le plein d’énergie. De ne penser qu’à soi. Il n’y a pas de mal à être égoïste, au contraire, c’est parfois même nécessaire.

Juin 2014 – Pour ne rien arranger, un burn-out surviens un an après le retour, 9 mois après la reprise du travail. Épuisée professionnellement parlant, je suis complètement vidée, je ne me reconnais plus. J’étais déjà « fragilisée » par le retour, cet évènement n’allait rien arranger. Au lieu de prendre soin de moi, je continue d’avancer comme il se doit. Au lieu de m’écouter, je fonce la tête baissée. J’avance en tant bien que mal. Bref, je m’égare mais finis par retrouver mon chemin après avoir quitté mon travail que j’ai longtemps adulé mais de toute évidence, il a fini par me détruire. Une nouvelle voie que je suis heureuse de prendre mais qui ne se déroule pas sans heurts puisque vient avec son lot de questionnements, remises en question. Tout cela me permet tout de même d’évoluer, de grandir (parce que je n’aime pas dire changer).

Juin 2015 – Vient le moment de se dire « stop ». De ne penser qu’à soi, d’être en phase  avec soi et surtout, de tout mettre à plat.

Prise de conscience

Le regard hagard, l’eau éclaboussant ma main pendouillant au dessus de l’eau, le paysage berçant mes pensées, ici, je lâche prise. Il était temps. En fait, il m’a fallu plus de 2 ans pour me remettre de ce « fameux » retour. Happée par la frénésie parisienne, le tourbillon dans lequel j’étais coincée finit par s’affaiblir, me détache, me libère et me laisse gagner le rivage.

Je n’ai jamais été quelqu’un qui partage facilement ses émotions, je suis assez pudique là-dessus mais ce voyage est vraiment salutaire.

Prendre conscience qu’en fait, j’ai bâti un mur pour me protéger. Un mur bien plus conséquent que celui de l’épisode du Sri Lanka, parce que même si je suis entourée des meilleures personnes du monde, il y a toujours eu depuis un vide que je ne saurais définir. La sensation d’être incomprise. Un vide qu’il m’a fallu accepter et non chercher à le combler.

Je pense fermement que la prise de conscience d’une situation réelle est le premier pas vers la libération
Albert Memmi

Prendre conscience que l’auto-censure est un frein pour être totalement en phase avec soi-même, alors qu’au fond de soi on est une personne pleine d’amour avec tant à partager. Seule l’écriture à toujours été mon moyen de m’exprimer librement, sans fards, mais pendant longtemps mes écrits ont été précieusement gardés à l’ombre par peur du jugement. Je souhaite conserver ce côté précieux mais aussi le partager davantage. Pendant plusieurs mois, je me suis posée la question si je devais continuer ou non mon blog. J’avais peut-être envie d’autre chose, de pouvoir partager des réflexions plus profondes peut-être…

Ceci dit, j’ai entre temps avancé lentement mais surement. Cette lenteur m’a permis d’apprendre de mes erreurs et grâce aux voyages je pense mieux me connaitre intérieurement. Mes forces enfouies, mes faiblesses et peurs mieux acceptées pour mieux les apprivoiser, mon coeur ouvert et surtout beaucoup plus d’amour envers soi. De la douceur.

Laisse chaque chose prendre sa place : laisse chacune de tes affaires prendre son temps
Benjamin Franklin

Auteur

Commentaires

  1. Apprendre à s’écouter et prendre soin de soi… tout un art ! Le voyage m’a aussi mis sur la voie 😉 Merci d’avoir partagé ton cheminement et tes mots bienveillants.

  2. Merci de partager ce témoignage et tout ce cheminement. Deux ans c’est long mais en même temps, les grandes avancées ne se font jamais du jour au lendemain. Désormais tes jours seront certainement plus doux. Longue vie à ton blog !

    • Stéphanie Répondre

      Merci Laure. En effet, c’est très long. Il y a une légende qui dit que le temps de réadaptation équivaut au temps du voyage, j’y croyais moyen. C’est bel et bien véridique, parfois plus même.

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