J’ai longtemps attendu qu’un voyage me « retourne » complètement et je me demandais si cela était possible. Lors de mes voyages précédents, chaque retour étaient ponctués d’un « c’était super ! » mais qu’est-ce que cela veut dire au juste ? Il m’est très difficile de trouver les bons mots afin de dresser un bilan à propos de mon périple au Sri Lanka.

Jusqu’à présent, mon voyage préféré était le Cambodge, où j’ai été émerveillée par la beauté des temples, la gentillesse et sourires des locaux, les enfants tellement adorables, une nourriture locale divinement bonne et j’en passe. Mais cette fois pour le Sri Lanka, je dirais que ce fût le voyage le plus beau, le plus « réaliste » et tellement différent des autres que j’ai pu faire.

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Voyager en train dans le centre du pays à travers les montagnes fut plus qu’un simple trajet. Etre assise sur le bord, les jambes à l’air, se laisser bercer par la lenteur du train et profiter pleinement de la vue sur de magnifiques paysages d’un vert éclatant. Le Lipton’s Seat, Ella rock, l’impressionnant rocher de Sigiriya … en réalité, tout à réussi à m’émouvoir, à faire verser la petite larme mais aussi qui fait réfléchir et réaliser combien des plaisirs tout simples réussissent à « combler de bonheur ». Les rencontres faites m’ont fait prendre du recul sur notre société et rien qu’en observant les gens nous entourant et j’ai pris petit à petit conscience de ce que les voyages pouvaient apporter et bien plus que ce que je croyais.

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Le plus beau souvenir restera celui de l’ascension d’Adam’s Peak. Une image très forte que je garde des locaux croisés sur la route. Des gens de tout âge, qu’importe leur condition physique (handicapés compris) gravissant les 4500 marches et tout cela dans la solidarité apporte une réflexion sur soi. Emotions au maximum accompagnés de larmes.

Il m’est arrivé d’être extrêmement touchée par la gentillesse d’un serveur au restaurant d’Ella et de vouloir pleurer. Quelque chose d’inexplicable, juste quelque chose qui se ressent. Cette homme-là à qui je n’ai rien demandé m’a tout simplement apporté son aide et donné des conseils.

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Voyager au Sri Lanka fût également difficile en tant que femme. Bien que le Lonely Planet précise que ce n’est pas une destination idéale pour une femme seule, cela ne m’a pas empêcher d’aller dans ce pays. Petit à petit, j’ai pris conscience de la différence de la condition féminine. De nature souriante, j’ai du apprendre à ne plus sourire aux hommes (tâche bien difficile !) et à être moins « sociable ». Supporter leurs regards insistants (bien que je me faisait très discrète vestimentairement parlant), leurs moults questions parfois assez indiscrètes (voyant une femme seule et noire, forcément ça attire la curiosité) et la proximité corporelle dans les transports en commun fut quelque chose de difficile à supporter au quotidien. Constat : la grande majorité des femmes étaient très souvent entre elles.

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Me retrouvant parfois dans des situations délicates, j’ai du me surpasser, prendre le courage à deux mains comme pour le dernier jour où je me suis rendue à l’aéroport de Colombo en bus. Croyant que le terminus était bel et bien à l’aéroport j’ai été déposée je ne sais où mais là où quelques conducteurs de tuk tuk attendaient. Et ce n’est pas un hasard ! Le touriste DOIT payer. J’ai refusé à tout prix que l’on m’emmène là-bas. Sachant qu’il fait noir avec pas beaucoup de lumière, j’ai du réfléchir « j’y vais à pied ou pas ? Est-ce risqué ? ». De plus les conducteurs font tout pour vous dissuader ! : « C’est loin ! » « C’est à 5 kilomètres, tu vas marcher pendant 25 minutes ! ». Avec l’expérience acquise durant ces 3 semaines, j’ai vite deviné qu’ils mentaient, j’ai donc préféré continuer à pied. En demandant mon chemin, j’ai fini par arriver en moins de 15 minutes, saine et sauve.

Malheureusement, nous ne sommes à l’abri de rien, chez soi comme ailleurs, et j’ai été victime d’agression. À ce moment-là j’ai trouvé que voyager seule pouvait être très difficile et faute de ne pouvoir trouver de l’aide. Je ne vous cache pas l’état de choc qui a suivi, pensant être assez forte pour surmonter cela seule, je n’ai pas réfléchi une minute et ai continué la route. Les jours suivants commençaient à être bien plus difficile : enfermement, pas de motivation, gros coup de déprime, comportement plutôt agressif envers la gente masculine, colère.

Partir ou rester ? Le constat est là et mérite réflexion, voyager dans cet état n’était plus possible et j’ai donc pris la décision de partir plus tôt.

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Ce voyage a été une rude et vraie épreuve, très fatiguant à force d’être souvent sur ses gardes, repérer maintes fois les arnaques et les déjouer, solliciter sans arrêt ses yeux car tout est en perpétuel mouvement mais aussi pour sa sécurité. Jamais je n’aurais autant été « agacée » pour ne pas dire énervée mais cela m’a permis d’apprendre à m’affirmer. Autre facteur que je n’avais jamais croisé auparavant : la barrière du langage. L’anglais n’étant pas parlé ET lu pour beaucoup de gens, je me suis retrouvée à apprendre le cinghalais pour faciliter la communication (remarque, ceci ne devrait même pas être une raison d’apprendre une langue) car dans beaucoup de situations, les mimes n’arrangeaient rien. En tant que sourde, j’ai suscité l’étonnement car sachant lire et écrire et il fallait souvent montrer que non, on ne peut pas me prendre pour une bille ! Et aussi parce que je voyageait seule.

Je pense que c’est tout cet ensemble qui fait que le Sri Lanka à réussi à « m’envouter » et faire de cette aventure le plus beau voyage. Je me suis prise une grosse claque et tout cela pousse à garder les pieds sur terre. Malgré tout cela, j’ai une très forte envie d’y retourner et visiter son pays voisin, l’Inde, qui me semble bien plus difficile. Et je n’y vois aucun inconvénient pour continuer de voyager seule.
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