Il y a quelques jours, j’ai lu un article relatant l’histoire d’une femme voyageant seule au Laos où le réceptionniste de l’hôtel à Vientiane (capitale du Laos) où elle était, à tenté d’entrer dans sa chambre en pleine nuit. Cette histoire a de quoi rester de marbre…

J’ai lu des histoires similaires sur internet, mais celle-ci m’a vraiment interpellée et rappelé une mésaventure dont je n’avais jamais vraiment parlé. Juste quelques évocations par-ci, par là sur le blog…

Il faut revenir 4 ans en arrière. Je voyage depuis 8 mois. Une amie est venue me voir et nous avons voyagé toutes les deux en Thaïlande, Malaisie et Singapour pendant un mois. Puis, elle est rentrée et  j’ai continué ma route en m’envolant pour le Sri Lanka. Je pensais de plus en plus à la France et songeais à me rapprocher petit à petit.

Nous sommes en juin 2013 et je suis dans ce fameux pays depuis moins de 2 semaines. Ce voyage est vraiment différent de tous les autres que j’ai pu faire. J’ai perdu mes repères, je suis dans un pays dont je n’avais aucune attente particulière. Je ne le connaissais pas et ne savait pas du tout à quoi m’attendre.

De Ella, j’ai prévu d’aller à Arugam Bay, réputé pour son spot de surf. Sauf que voilà, je suis obligée de couper le trajet en 2 et passer la nuit à Monaragala. Arrivée à la station de bus, je me dois trouver un endroit pour passer la nuit. Je prends un tuk tuk et me rends à un hôtel mentionné sur le guide. Déception : les prix sont trop élevés pour moi, même après négociation. Je paie le chauffeur et décide de continuer ma recherche à pied.

5 minutes plus tard, je tombe par hasard sur un grand hôtel qui à l’air plutôt neuf. Une allée au milieu d’un grand jardin qui n’a pas vraiment l’air d’être entretenu, mène à l’accueil.  J’aperçois un homme. Je lui fais signe, me dirige vers lui et demande s’il y a des chambres disponibles. Il me dit d’attendre et part chercher son collègue. Sûrement le responsable.

Je rejoins l’homme en question dans la l’immense salle de réception. Chemise jaune, pantalon noir, cheveux noirs bien épais et fournis, la cinquantaine. Sympathique aux premiers abords.

Quand je traverse la salle, une première chose m’interpelle : il n’y a personne. Pas un seul client à l’horizon. Les employés, je ne les vois pas également. Là, tout de suite, mon instinct est en alerte. C’est bizarre….

L’homme m’annonce le prix. Il me semble correct mais je demande à voir la chambre. Il accepte et me dit de laisser mon sac ici. Je refuse. Il se porte alors volontaire pour le porter. Merci mais non merci, je préfère le porter moi-même.

Nous montons à l’étage. Le couloir est long et sombre. Seule une fenêtre au fond laisse entrevoir la lumière du jour. Il me montre une première chambre. Elle est petite, pas de fenêtre et je me sens étouffée. Il m’en montre une deuxième. Elle est plus grande, avec une salle de bain. Les murs oranges me font un peu mal aux yeux mais ce n’est juste qu’un petit détail. Une nuit ici fera l’affaire.

Il est temps de parler prix. Je tente de négocier, en vain. Monsieur est ferme sur le prix et refuse mon offre. Je suis fatiguée, et n’ai plus la force de chercher ailleurs alors j’accepte. Il me tends alors ses bras avec une attitude qui pue le paternalisme et très infantilisante du genre « marché conclu, allez viens dans mes bras ma petite ! » Ça ira… Je ressens de la gêne et lui balance un « non » ferme mais qui ne l’empêche pas de m’enlacer sans mon consentement et toucher mes fesses. 

Je crois que mon cerveau bug. Quelques fractions de secondes plus tard, je me demande si je rêve ou si ce qui vient de se passer est bien réel. J’ai du mal à réaliser. Je le repousse, prends mon sac et quitte la chambre. Mon sac est lourd, je ne peux courir, mais je marche vite. Très vite. En quittant l’hôtel, je tombe nez à nez avec l’homme que j’ai croisé a l’accueil. Il me fais signe de rester, qu’il accepte de baisser le prix. Je ne lui réponds pas et trace ma route. Cette raclure de bidet a sûrement dû lui crier un truc, que sais-je…

J’ai chaud, je transpire, mon cœur bat très vite. Je ne sais plus à quoi je pense. Je ne réfléchis pas. Mon cerveau bug encore. Je suis en mode automatique, option survie. 

En face, il y a un hôtel. Je m’y rends, prends une chambre sans prendre le temps de la visiter et paie. Je fais totalement abstraction de la déco ultra pourrie.

Je m’enferme à double tour. Je suis en état de choc, et ne comprends rien à ce qui m’arrive. J’envoie un message à deux amis. « Tu es en sécurité c’est le principal ». Je reste une heure allongée. Il n’y a pas de wifi, mais heureusement que j’ai un numéro local. Sauf que voilà, il ne me reste plus de crédit. J’ai besoin d’être en contact, je ne pourrais pas tenir jusqu’au lendemain matin. Je n’ai pas le choix, je dois sortir pour recharger du crédit.

La première chose que j’aurais faite en temps normal, c’est d’aller porter plainte. Sauf qu’ici, je suis perdue, dans une ville que je ne connais pas. La rue appartient au hommes et rares sont les femmes. Si je vais porter plainte, qui va me croire ? Est-ce que mon témoignage sera minimisé du genre « c’est pas très grave »?

Dehors, je marche et j’essaie de réfléchir. En vain, parce que je n’y arrive pas.

Je tombe sur un stand qui vends des jus de fruits frais. Je n’ai pas soif. La seule chose qui attire mon attention c’est la vendeuse. Une femme. Je m’approcherais d’elle et lui demanderais de l’aide. Solidarité féminine quoi.

Sauf que ce n’est que le fruit de mes espérances. Je ne peux m’exprimer mais je meurs d’envie de lui parler. J’ose espérer qu’elle devinerait que quelque chose ne va pas. J’ai juste besoin d’une compagnie féminine le temps de quelques instants, d’être  rassurée, de me calmer. 

Malheureusement, elle était en compagnie d’un homme qui travaille avec elle. Il a l’air d’être son mari. Bien qu’il a l’air sympa, cela me décourage et je renonce à faire le premier pas. Fail. Je repars avec un verre à la main.

Mon corps est lourd. Je suis mince mais j’ai l’impression de peser une tonne. Je fais demi tour et par chance, je tombe sur une petite boutique téléphonique. J’achète une recharge et retourne fissa à l’hôtel.

Je passe le reste de la soirée et la nuit à discuter avec des amis. Au cours d’une conversation, il y a eu la phrase de trop de la part d’une pote : « Mais si tu savais que ce n’est pas facile pour les femmes de voyager seules là-bas, pourquoi t’y es allée ? ». Seigneur doux Jesus Marie José Perec… En gros, ce qui m’est arrivé, c’est de ma faute ?

Cest la phrase de trop et elle m’a coupée net. Alors que je recherchais un peu d’aide, de bienveillance,  pour le coup c’est raté. Je comprends mieux les victimes d’agression. Nous sommes dans une société où on les culpabilise (style vestimentaire, attitude etc…) Or, si coupable il y a, il n’y en a qu’un : l’agresseur. Point. À la ligne.


Cette phrase me fais plonger dans le silence.
Je n’ai plus envie d’en parler.

Le lendemain matin, après seulement 3 heures de sommeil, je me rends à la station de bus. Il y a un marché, alors en attendant le départ du bus, j’en profite pour faire un tour. N’ayant pas mangé depuis hier matin, je me force a manger 3 pommes. 

D’ordinaire, je réussi à passer outre des regards pesants et insistants des hommes, mais aujourd’hui c’est différent. Je n’ai presque plus de patience, je suis énervée. J’en ai marre des hommes ici. Je suis prise d’un dégoût, de colère envers eux. À l’intérieur, je bous mais je me retiens de leur balancer des méchancetés…

Le trajet, certes court, fut interminable. Le bus est rempli d’hommes et je me sens mal. Je veux voir des femmes bordel ! 

Dans ma chambre à Arugam Bay, je me regarde dans le miroir. Je ne me reconnais pas. Mes traits sont tirés et j’ai l’air très triste. J’ai envie de pleurer, mais les larmes ne sortent pas.

Heureusement il y a la mer. J’adore me promener sur la plage, sentir la mer, voir les vagues… Surprise ! Je croise Catherine et son amie. Je les avais rencontrées quelques jours plus tôt à la gare d’Ella.

« Ça va ? Tu as l’air fatiguée et triste… «  me dit-elle. Je lui dis que non et lui raconte la mésaventure de la veille. Elle est désolée et me conseille de prendre du temps pour moi, de me reposer histoire de recharger les batteries. Elles voyagent à 2 et me racontent que ce n’est pas toujours facile pour elles ici et me disent que je suis courageuse de voyager seule.

Sauf que je n’ai le goût de rien, je ne prends aucun plaisir à être ici. Je veux à tout prix quitter ce pays. Mon vol pour Dubai est dans 15 jours, je ne tiendrais jamais jusque là. Par chance, je réussi à changer les dates de mon billet. Départ dans 5 jours.

Les semaines qui ont suivi le départ du Sri Lanka ont été très dures. Moi qui pensais être forte pour tenir le coup et continuer le voyage, j’ai du mettre ma fierté de côté, me dire que je n’allais pas bien du tout, que j’avais besoin d’être auprès de mes proches. Je suis finalement rentrée en France 2 semaines après. 

Je me suis longtemps sentie incomprise et par la suite j’ai intériorisée cette histoire. J’avais la sensation d’être seule au monde et ne pouvais compter que sur moi-même pour faire face à ça et avancer coûte que coûte.

Le risque zéro en voyage n’existe pas (pour les hommes aussi) et les femmes voyageant seules sont plus vulnérables.

Curieusement, mon plus beau voyage, c’est celui là.

Est-ce que j’y retournerais un jour ? OUI ! Mais seule, je ne sais pas… (J’aimerais beaucoup aller en Inde, mais je ne suis pas prête. Du moins, je ne pense pas que ce sera un voyage en solo).


Est-ce que ça m’a empêché de continuer à voyager seule ? Non.
Disons que certains aspects ont changés, j’anticipe davantage les choses lorsque je sens que je suis dans une situation où je suis susceptible d’être vulnérable mais en aucun cas, je ne sombre dans la paranoïa. 

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Commentaires

  1. carine Goujon Répondre

    C’est bien d’avoir mis des mots sur ton mal être, et c’est très bien écrit. Je t’embrasse. Carine

  2. Salut !
    Ton récit sent toujours la personne en colère contre cette injustice dont tu n’as une nouvelle fois rien demandé. Pour te connaître, je te sais forte. Ca c’est de l’extérieur. De l’intérieur, il est peut-être préférable de se sentir « fort » si je peux oser la nuance.
    Fin bref, pour en avoir parlé, tu sais fort bien ce que je veux dire 🙂
    Ca fait du bien par où cela passe. Oser exprimer tout haut une injustice que d’autres subissent, c’est aussi permettre à leur petite voix de s’exprimer.

    A bientôt.

    • Stéphanie Répondre

      Hey Manu! Le ton de l’article est volontaire. J’ai essayé d’être fidèle à ce que j’ai ressenti et vécu ce jour-là et les jours qui ont suivis. L’écrire n’a pas été évident mais ça fait du bien oui.

  3. Hey my gurl,
    Merci pour ton article, et j’espère que tu te sens mieux depuis que tu l’as écrit.
    Je me souviens que tu avais fait une allusion à quelque chose qui s’était passé dans une chambre d’hôtel au Sri Lanka, mais j’avais senti (peut-être à tort) que tu ne voulais pas (m’)en parler, et je n’ai pas osé insister…
    Take good care et je pense souvent à toi.
    XXX

  4. Hello ! Je ne sais plus quoi penser de ces hommes qui pensent que parce qu’ils ont une **** entre les jambes qu’ils sont autorisés à faire ce qui leur plaisent ? Ce qui m’énerve encore plus ce sont les dirigeants de ce monde qui proclament haut et fort que le viol, l’attouchement, l’inceste, la pédophilie, … sont intolérables, mais qui ne bougent pas le petit doigt pour que des mesures strictes et fermes soient prises. Au final on se retrouve encerclé par ces hommes qui pensent être tout permis puisque les lois les y autorisent !
    Mais là ou mon énervement est revenue de plus belle, c’est le témoignage de ton « ami » qui te dit gentiment qu’au final c’est ta faute … humm pardon, on ne connaît pas personnellement, mais pour moi ce n’est pas un ami et cette personne doit être bannie de ta vie (encore une fois, ce n’est que mon opinion personnelle). C’est donc comme cela que l’on soutient un proche qui est loin de soi et seule dans un pays étranger ? Et si cela t’était arrivé à Paris parce que tu portais une jupe, là aussi cela aurait été de ta faute ? Non, ce n’est définitivement pas un ami à mes yeux et je trouve sa réponse plus que déplacée ! Qui plus est, je trouve ce genre de réflexion extrêmement choquante de la part d’un être humain.
    Je sens également dans ton article, que tu n’es pas totalement guérie par ce qui t’es arrivé. Mais au final, peut-on réellement en guérir un jour ? N’ayant jamais été victime de viol ou d’attouchement, je ne pourrais pas répondre à cette question, mais j’espère sincèrement que oui !
    Je te souhaite beaucoup de courage pour ton futur et reste prudente dans tes prochains voyages ! On a encore besoin de rêver à Paris grâce à tes articles ! 🙂
    P.S. : Dsl pour le laïus, cela m’a un peu BEAUCOUP énervé d’être confronté à la triste réalité que nous ne sommes en sécurité nulle part, mais Dieu merci, il existe encore des personnes bienfaisantes et surtout humaines …²

    • Il est difficile de juger grâce à un article quel était le ton employé par son ami et ce n’était peut-être non pas celui du reproche ou de l’accusation… Par contre, il peut-être bon de lui faire comprendre, de lui ouvrir les yeux, et de lui montrer que non ce n’était pas sa faute à elle de voyager seule mais bien à cet homme d’agir ici.. On en revient toujours au même sujet : celui de la culture du viol – et malheureusement c’est en éduquant, en ouvrant les yeux des gens que cela évoluera. Je ne cherche en aucun cas des excuses à son ami, mais nous entendons en tant que femme des remarques, des discours et comportements sexistes et / ou bêtes tout au long de la journée, que cela vienne d’hommes, de femmes, des institutions, des publicitaires,… et ce n’est pas en supprimant toutes ces personnes de nos vies que la société et les idées évolueront. Il vaut peut-être mieux essayer le dialogue dans un premier temps, et expliquer pourquoi… Même si parfois cela peut sembler évident.. ! Je ne dis pas non plus que la victime aurait du expliquer sur le moment au téléphone à son ami.. mais peut-être plus tard, ou peut-être -espérons-le, que quelqu’un d’autre un jour pourra lui expliquer combien penser ainsi est malheureux… 🙂

  5. Hello AfroLyne,

    Je me permets de te répondre, même si en aucun cas je ne parle pour la personne qui tient ce blog et dont l’article me touche beaucoup.

    Je ne pense que l’ami qui a été très maladroit ne doit être « banni » de sa vie comme tu le dis. Cela n’aidera en rien la jeune femme à être forte face à cet évènement traumatisant et ignoble, et cela n’aidera pas non plus cet ami à comprendre tout le poids que cette phrase, toute simple en apparence, peut porter. Même si les choses bougent, lentement – je te rejoins complètement sur ta colère face aux politiques et aux institutions sur ce type de sujet – , ce n’est pas en bannissant, en rejetant que les choses évolueront.

  6. Ça m’est arrivé plusieurs fois, une embrassade dont on ne veut pas et qui prend par surprise (pas le temps de reculer…), une main aux fesses qui laisse trop choquée pot flanquer la claque qu’on revera plus tard avoir donné…j’adore voyager seule. Je ne regrette rien. Mais j’ai développé une méfiance générale pour les hommes dont j’aurais sans doute du mal à me défaire. Et tant mieux, à vrai dire, elle n’est pas injustifiée. Je suis heureuse d’avoir des hommes formidables dans ma vie qui me rappellent que je ne dois pas tomber dans les généralités type « les hommes sont tous des cons ».

    • Stéphanie Répondre

      Je me suis mal exprimée. L’expression n’étais pas là bonne, je voulais dire « glacer le sang ».

  7. Hello! Au final tu avais déjà pas mal de réflexes durant cette mésaventure, examiner l’hotel et le trouver suspect, garder ton sac t’as certainement bien aidé aussi! Bravo pour ton courage! Ce genre d’histoires arrivent partout, même en France (pour moi en Uber…), tu as bien raison de continuer à voyager 😉

  8. Je vie en Asie et y voyage depuis 6 ans et je n’ai jamais eu peur. C’est vrai que je suis avec mon copain donc c’est un peu différent mais n’empêche. Même si j’ai adoré le Sri Lanka, il y a que là bas où je me suis parfois sentie un peu mal à l’aise.
    J’ai même eu le droit à un homme qui s’est frotté contre moi dans le bus, et je l’ai senti durcir alors que mon copain était juste à côté. Je n’ai pas osé le lui dire tout de suite mais j’étais hyper mal. Tu as eu raison de l’écrire, ça libère même si ça fait un moment que ça s’est passé.

    • Stéphanie Répondre

      Merci pour le partage de ton expérience Amélie, ça prouve bien que accompagnée ou non, on n’est a l’abri de rien…

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