Blues du voyageur : where is my mojo? 

C’est la fin d’une superbe journée à Punta Gallinas. Un cadre de rêve : le désert, soleil, paysages incroyables. Le groupe avec qui je suis est super sympa. Karina, une allemande rencontrée à San Gil quelques semaines plus tôt, m’a rejointe à Boca de la Vela et nous avons passé 2 jours ensemble. 

C’est le dernier soir et on est censées rentrer à Riohacha le lendemain. Puis vint sa question « on reste un jour de plus ? »… 

Une question pourtant simple mais j’ai du mal à répondre et ça me mets la puce à l’oreille. Je suis incapable de me décider. Épuisée, plus d’énergie, je n’ai qu’une envie : être posée dans un endroit à ne rien faire. D’un autre côté, face à l’endroit où je me situe, je culpabilise un peu. Mais non, il est temps de partir. 

Les voyages, un tourbillon émotionnel 

Quand on voyage, nos sens sont continuellement sollicités, les émotions sont vives, décuplées et il est parfois difficile de mettre des mots dessus.

Nous rencontrons énormément de gens sur la route. Certaines rencontres sont des coups de cœur. On se confie à des inconnus, passe de bons moments en leur compagnie. 80% de gens que l’on rencontre, on ne les reverra pas. C’est comme ça. On se sépare et parfois on ne connaît même pas leurs prénoms. Rencontrer des gens demande beaucoup d’énergie. 

Mon voyage en Colombie est intense. TRÈS intense. C’est un pays qui me surprend, me laisse sans voix. Et parce que je vis un rêve qui a pu se concrétiser.

Il y a des jours où je me glisse dans le lit avec le sourire au lèvres avec un sentiment de zenitude et d’autres de la mélancolie, tristesse… 

De l’enchantement à l’agacement… 

J’étais énormément contente d’arriver à Cartagena. Il faut dire que j’attendais ce moment depuis des mois et j’avais tellement hâte de découvrir cette ville ! En quelques jours, j’ai trouvé une location d’une chambre dans un quartier très chouette, près de la plage. Je n’aurais pas espéré mieux. 

C’était l’occasion de mettre en place une routine : sport, pole dance, me balader dans les rues de la vieille ville, cuisiner… Avec ça, physiquement ça devrait vite aller mieux. 

Mais mentalement c’était autre chose. 

Cartagena est une très belle ville. Je l’adore. Mais petit à petit, elle fût une source d’agacement. L’appartement étant situé dans un quartier très touristique, je n’ai pas échappé aux appels constants des rabatteurs, en plus de ça, ajoutez le harcèlement de rue. Cocktail explosif ! Impossible d’aller d’un point A à un point B tout en étant tranquille. Or c’est surtout de ça ce dont j’avais aussi besoin : de la tranquillité !  Très vite, tout m’irritais, je me suis mise dans une bulle, renfermée sur moi. 

Je n’osais plus trop sortir. En même temps, rester au lit devant un film au lieu daller à plage ça m’ arrangeait bien.  Niveau de culpabilité : 0. 

Puis, Karina et moi sommes parties quelques jours à San Andrés y Providencia. C’était top et surtout une grosse bouffée d’air frais. En revenant à Cartagena, j’ai vite retrouvé ma mauvaise humeur. Un peu comme une personne qui retrouve Paris après un week-end à la campagne si vous voulez… 

Je n’avais plus aucune énergie. Plus d’énergie pour parler espagnol, plus d’énergie pour de nouvelles rencontres. Plus d’énergie pour m’adapter aux entendants. Procrastination puissance 1000 : répondre aux mails, messages, écrire, lire… trop fatiguée pour ça ! 

Vînt le temps de quitter la Colombie. Un coup dur en plus…. Et ça, je ne peux l’expliquer. Heureusement que le passage aux îles San Blas a pu mettre du baume au cœur. 

Le Panama et Costa Rica, deux pays qui m’ont beaucoup frustrée. Plus grand chose ne m’émerveillait. De plus, qui dit nouveau pays dit adaptation… Meh… Pas envie… Du coup, je n’ai pas trop kiffé en vrai. 

J’avais le mal du pays. La France me manquait. Je ne voulais pas rentrer mais j’y pensais énormément. 

Et puis ça dure… 1 mois ça commence à faire beaucoup et à me peser mais je savais qu’un jour ça finirait par s’arranger (toujours être positive). Me connaissant, me forcer n’arrangerait rien, ça viendra tout seul. On dit souvent qu’il faut faire de nouvelles rencontres. Perso, dans mon cas, il me fallait aller dans une école de sourds pour rencontrer de nouvelles personne sourdes. C’était au dessus de mes forces de m’adapter aux entendants non soignants (c’est clairement le point le plus compliqué quand on voyage seul.e quand on est sourd.e). Mais cela impliquait de longs moments dans les transports puisque c’était assez excentré. J’ai abandonné.

Ça se trouve c’était une question de lieu ? Oui ! Puis, arrivée au Nicaragua, my mojo a fait son grand come back !

Gérer les coup de blues en voyage 

Il n’y a pas de recette miracle, nous sommes tous.tes différent.e.s et avec une manière de fonctionner qui nous est propre. 

Déjà, le plus important : accepter et acceuilir avec bienveillance ses émotions. Point de culpabilité. Parce que ça arrive à tous.tes celleux qui sont sur la route. 

Cest une des leçons les plus importantes que j’ai apprise lors de mon premier long voyage. 

Seconde leçon : il faut ralentir la cadence, se poser un peu (slow travel). De ce côté là, pas de problème. Et c’est mode de voyage que j’apprécie beaucoup. Si je suis arrivée à Bogotá complètement exténuée, j’ai mis ça sur le coup du changement constant d’altitude et randonnées multiples : fatigue intense, insomnies… Quelques jours m’ont suffit pour être requinquée. 

Malgré ça, je n’ai pas été à l’abri d’un gros coup de déprime. 

Gérer un coup de blues lorsqu’on est loin de chez soi n’est pas si simple. Pour ma part, quand un « bad day » pointe du nez, le lendemain c’est oublié. 

Cette période fût assez déstabilisante parce qu’elle a duré assez longtemps et au début je ne savais pas ce qui clochait. Compliquée également car j’ai du faire face à l’incompréhension de l’entourage. Personnellement, je suis quelqu’un de solitaire mais pour le coup je me suis sentie assez seule. 

Fort heureusement il y a des petits plaisirs (parfois très simples) qui font du bien ♥️

– Méditation ;

– Shopping. Je déteste ça, mais parfois acheter un ou plusieurs vêtements ça fait son effet croyez moi.

– Instants « bien-être » : massages, pédicure…

– Faire un mini trip de « luxe ». J’entends par là prendre une chambre plus chère pour un peu plus de confort ;

– Lire, écrire ;

– Cuisiner ;

– Manger sans me priver (surtout de la nourriture française. Je pense au jour où je suis tombée sur une boulangerie française à Villa De Leyva) 

– Changer d’endroit et/ou changer de plans. De toute façon, rien ne se passe comme prévu ;

– SIGNER (!!!!)/rencontrer des sourds ;

– Contacter les proches ;

– Se promener ;

– Randonner ;

– Faire du sport ; 

– Récupérer son linge propre et qui sent merveilleusement bon (si si !). 

D’un autre côté, cette période m’a été bénéfique. Un passage douloureux mais nécessaire qui m’a fait prendre conscience de certaines choses. Comme par exemple, le besoin de garder « certains rituels » de ma vie quotidienne à Paris pour garder un certain équilibre (par exemple, passer de 5 à 6 séances de sport par semaine à 1 voire zéro, c’est compliqué). Je peux tenir quelques temps sans, mais pas longtemps. Après tout, on dit bien « mieux vaut prévenir que guérir »?

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4 Commentaires

  1. 12 juillet 2017    

    Juste magnifique. Tu rends si bien ton parcours qu’on croirait être avec toi! Je suis tes récits avec une grande attention. Je n’avais pas pensé au mal du pays. C’est un des éléments à prendre en considération quand on part longtemps en effet. merci pour ce partage!

    • Stéphanie's Gravatar Stéphanie
      14 juillet 2017    

      Merci Felicité. Oui, hélas, ça arrive bien plus qu’on ne le croit…

  2. 19 juillet 2017    

    C’est marrant de voir cet aspect d’un voyageur/voyageuse … je n’avais pas du tout pensé au mal du pays, je voyais cela comme une fête continue …Pourtant je l’ai vécue lors d’un de mes voyages …
    En tout cas, je trouve très intéressant le fait que tu partages cela et que tu nous expliques le pourquoi du comment, mais également comment tu gères tout cela !
    Au plaisir de te relire pour mes prochaines escapades au bureau ! 🙂

  3. 20 juillet 2017    

    J’adore te lire. Que d’émotion dans ton article .merci ❤

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